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Vers la féminisation, un exemple (billet d'humeur).
ou
Big mother is watching you (Philon pousse une gueulante)
Ecole maternelle.
Deux dames en blouse de médecin et au sourire très com investissent avec l'accord de la direction la salle de classe grande section d'une école maternelle, se présentant comme "nounoursologues". Le but : présenter une prétendue "sortie à l'hôpital des nounours" comme l'attraction de l'année aux bambins déjà surchargés de loisirs et d'activités toutes plus attractives les unes que les autres par un corps enseignant incapable pourtant de leur apprendre les bases élémentaires du comportement en société et dépassé par une violence entre élèves déjà présente à ces âges-là ("on va dialoguer", "il faut en parler, t'es d'accord?"). La sortie est, nous dit-on, organisée par les étudiants de la fac de médecine ( je m'étonne à juste titre que la fac ait autant d'argent pour distraire les gamins d'une école, située il est vrai, dans un quartier huppé). La télé locale sera là. Vitrine de quoi ? Qui va payer tout ça quand le service public se rétrécit comme peau de chagrin ?
Jour J : les bambins se présentent à la fac avec leur doudou préféré, de manière à ce que les étudiants en médecine leur montre ce qu'on fait pendant une visite médicale. But officiel de l'opération : "diminuer la peur des blouses blanches". Tiens, les angoisses viendraient donc d'une absence de surinformation ? Tiens, il suffirait de montrer une fois sur un nounours pour vaincre une vraie phobie ?Tiens, ces gosses n'auraient donc pas de parents pour les rassurer ? Tiens, la peur des blouses blanches serait-elle un obstacle (chez les riches) à de futures consommations de soins de plus en plus raffinés, l'industrie pharmaceutique chercherait-elle à recruter sa future clientèle ? Tiens, l'école aurait donc pour rôle de devancer chez ceux qui en ont les moyens des besoins même pas exprimés et qui sont d'ordinaire du ressort du praticien lui-même, un bon pédiatre sachant d'ordinaire prendre les gosses.... Bizarre, bizarre se dit Phiphi qui attend la suite.
Les nounours dûment auscultés, prisedesangué, vaccinés, électrocardiogrammisés, sondés, fichés, mesurés, pesés, les enfants rentrent de la "sortie" munis de moultes recommandations et d'un paquet de brochures éditées par les grandes firmes pharmaceutiques avec leur nom et leur logo en gros (il est vrai que nous autres, les parents, nous expliquerions moins bien que l'entreprise MAchin qu'on se brosse les dents trois fois par jour et que le sucre favorise les caries...). Plus des échantillons à la pelle, plus d'autres brochures pubardes, l'une notamment où une association présente sous forme de BD les gentils psychologues aux enfants à qui ils peuvent aller parler sans leur parents et décrivant par le menu, comme si des tonnes de papier n'étaient pas gaspillé par les gros groupes de presse à des publications du même acabit les éventuels "troubles" psychiques à détecter dès le plus jeune âge, allant du caprice à table aux difficultés à s'endormir et présentant une image idyllique de ce qu'est en réalité la relation aux psychologues (de plus en plus formés à mon sens à formater au nom du consumérisme et de l'efficacité qu'à écouter de manière authentique). De quoi faire naturellement culpabiliser les parents qui veulent bien faire (l'idée étant généralement admise que "si ça va pas, ça vient de l'enfance") et qui en oublient, à force de zèle consommateur, que la "bonne" santé ne signifie pas forcément la "trop bonne" santé, surtout s'il n'y en a pas pour tout le monde. A ceux qui peuvent le payer, le luxe en matière de psychologisation et de soins médicaux. Aux autres, les services hospitaliers manquant d'un personnel suffisant, des soins de moins en moins remboursés...
Mieux vaut prévenir que guérir, il est vrai que chaque parent est un parent toxique potentiel, nous sussure sans le dire clairement (la grenouille se laisse mieux cuire quand on chauffe l'eau peu à peu) le Marché qui entend bien se substituer aux parents, gagner la complicité de l'école publique et sensibiliser dès tous petits les enfants à leur droit à être rois et consommateurs de soins et d'aides diverses, du dentifrice à la psychothérapie familiale (et aux psychotropes ?).
Non que je sois contre le rôle de l'école dans son rôle de détecteur de maltraitances REELLES (dans "L'argent de poche" de Truffault, les maltraitances de Julien sont découvertes grâce à la visite médicale) mais cela, le médecin scolaire et les instituts s'en chargent sans qu'il soit besoin d'enrôler le Dentifrice X ou l'aspirine Machin ou de créer une confusion malsaine entre maltraitance réelle et surenchère d'une "écoute" infantolatre qui jouxte la surveillance des familles et de leurs libertés dans les choix éducatifs.
De là à courir chez le psy et ses questions intrusives et normatives ( "tu as la télé?") au moindre caprice, de là à ce que les bambins qui sont loin d'être bêtes comprennent comment ils pourront faire pression sur certains adultes au lieu de leur obéir... Qui sera la grande gagnante de ce prétendu progrès ? La symbolique maternelle d'une société féminisée où le citoyen responsable, maitre de lui et autonome au bon sens du terme doit s'effacer au profit du consommateur abêti et où toute autorité, l'autorité parentale notamment, est d'emblée suspectée d'excès et d'autoritarisme. Par maltraitances, le risque existe que l'on désigne des choix éducatifs qui ne rentreront plus dans les normes du marché mais qui ne sont pas des maltraitances. Le risque est grand aussi que, sous le séduisant prétexte de vouloir assurer le bien-être maximum aux enfants, ceux-ci ne rencontrent plus aucun manque, ce manque nécessaire pourtant au développement de leur intelligence critique. Le Marché maternant, la maternelle veille sur nos corps, nos âmes, nos appétits, nos neurones et nos globules : n'ayez pas faim, ne laissez pas désirer, on vous a à l'oeil, on vous mettra de force le cachet anxiolytique ou la cuiller dans la bouche avant même que vous n'ayez peur ni faim pour le plus grand bien du Profit et comment oseriez-vous vous plaindre d'une pareille solicitude, ça c'est vraiment pas gentil, on voulait juste votre BIEN-ETRE et puis vous êtes libres de refuser, on vous manipule pas,(n'auriez-vous pas un problème dont il faudrait "parler"?) ! Des générations d'anorexiques, de consommateurs incultes et d'addicted égocentrés en perspective...
Bien calée dans son arrogante assurance de "bien" faire et de savoir mieux que quiquonque ce qui est "bien", émancipée comme il se doit pour l'épanouissement personnel d'une femme, infiniment convaincue de sa supériorité dans son savoir d'experte sur l'enfance et sur l'âme humaine largement relayé par la loi du marché (ces sorties n'ont bien sûr pas été "proposées" dans les écoles des quartiers "difficiles"), complice d'une médecine à deux vitesse, Big Mother vous surveille dans sa blouse blanche cependant que l'école se montre de moins en moins capable de former des jeunes possédant un minimum de maitrise de la langue, un zeste d'amour pour leur pays ou les bases de la culture générale. On croit rêver. L'école de la République serait-elle condamnée à plus ou moins long terme à devenir celle du Marché et de l'Epanouissement individuel ?
_________________ "Mais il ne suffit pas de produire la chair humaine pour qu'elle vive, il faut à l'homme une raison de vivre." Pierre Legendre, "La fabrique de l'homme occidental".
Dernière édition par Philon le 28 Mar 2009, 00:21, édité 2 fois.
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